A la Une...

Faire évoluer notre vision du cancer: c’est urgent!

INTERVIEW
  Maryse Vaillant, la psychologue vedette des magazines qui saluent la pertinence de ses analyses et son indéfectible bonne humeur, est l’auteur de nombreux titres de référence.

, un ouvrage plus personnel, retrace sa volonté de faire route toute seule sur le chemin de la maladie.

Une année singulière avec mon cancer du sein

Est-ce que le cancer est encore tabou en France?
  Tout à fait. Moi, je vis à la campagne, et je le ressens. Mais même dans des villes importantes, nombre d’universitaires, de journalistes, tiennent absolument à cacher leur maladie par peur de perdre, disent-ils, leur réputation ou leur emploi.
Dans votre livre pourtant, vous annoncez clairement votre choix de passer inaperçue, de ne pas porter haut l’étendard du cancer. Secret ou discrétion extrême?
Tout le monde sait que j’ai un cancer, mais je n’ai pas changé d’identité. Je ne suis pas devenue une cancéreuse. J’ai mon parcours de vie, et là dedans il y a un cancer. En plus, je le dis souvent, ce n’est pas la pire chose qui me soit arrivée. Enfant, la vie a été violente avec moi.
Si je devenais une cancéreuse, je ne serais plus Maryse, gourmande, grand-mère, bavarde. Pendant tout le parcours médical, je me considérais comme moi avec un cancer .
J’étais heureuse avant, j’ai continué à l’être, même avec le cancer.
Une telle continuité, est-ce possible?
La maladie a été un voyage tout à fait intéressant, sur le plan clinique, psychique, spirituel, existentiel, mais je me retrouve aujourd’hui strictement la même, y compris avec un sein en moins et un traitement hormonal ravageur. Je me suis battue avec mes propres armes, à savoir de la patience… et des aiguilles à tricoter. Je me suis bardée d’acier. Si j’avais pu, je me serais tricoté une cotte de maille. C’était ma façon de dire: ne m’approchez pas, je fais route seule, j’affronte mon destin.
Le mythe selon lequel on serait transformé, voire meilleur après un cancer, ça ne prend pas avec vous?
Cela fait partie des mécanismes de défense individuels pour combattre la dépression, et le fait que le cancer souvent vous précipite dans le vieillissement.
Dire Youpi, tout va bien depuis que c’est fini , c’est une erreur, car tout le monde ne se retrouve pas dans cette vision.
Quand les personnes me parlent d’elles au-cours de mes dédicaces, on est loin du cancer initiatique . Par contre, cette sale épreuve est souvent un révélateur de soi-même, où l’on se découvre plus courageux qu’on ne l’aurait imaginé.
Mais plus généreux ou doté de quelque nouvelle vertu? On réagit en tout et pour tout avec son propre potentiel.
Pourquoi une grande majorité des malades qui s’en sont sortis exercent-ils une forme d’omerta sur l’expérience de leur maladie, à savoir: c’est fini, je n’en parlerai jamais plus?
Pour eux comme pour tout le monde, il y a un imaginaire très fort lié au cancer:
Tumeur = tu meurs. On n’ose pas les mots. Le cancer a toujours été une maladie qu’il fallait cacher pour ne pas montrer sa défaillance. C’est aussi une maladie silencieuse, qui se développe sans que l’on s’en aperçoive.
Quelle différence avec d’autres maladies redoutables comme la sclérose en plaques?
Le cancer est une maladie courante. Elle touche des gens âgés, des jeunes, des enfants, elle peut être mortelle. Les autres sont des maladies de dégénération, invalidantes, handicapantes.
L’imaginaire est différent selon chaque maladie, et cet imaginaire peut être modifié aussi.
Dans mon enfance, on parlait beaucoup de la tuberculose. Quand quelqu’un en était atteint, même s’il était fortuné, il ne se mariait pas. Puis on a construit une image romantique de la tuberculose,
à travers les personnages de littérature ou d’opéras.
Le sida, au début de l’épidémie, était la maladie de l’infamie. Aujourd’hui encore dans les campagnes, cela ne s’est pas du tout arrangé. Mais l’engagement des artistes concernés a réussi à changer notre vision. Ils ont mis en avant leur liberté de vivre leur sexualité, et de s’exprimer sur le sujet de la maladie. Ils ont pris en main quelque chose qui reste terrible, en en faisant la marque d’une certaine élite. D’où l’engagement de nombreuses personnalités.
Le cancer, lui, reste associé à la pourriture. Rares sont les célébrités qui acceptent de voir leur image associée à cette cause là.
Croyez-vous possible de faire évoluer l’imaginaire lié au cancer et par quoi commencer?
On peut déjà en parler de façon ordinaire. Ainsi, le cancer devient moins monstrueux.
Moins mortel aussi parce que banalisé et plus accessible.
En parler quand? Comment? En demandant par exemple : Et toi, tu t’es fait dépister pour le cancer du colon (ou du sein) ?
Comment se comporter face aux souffrants?
Face aux personnes malades, l’entourage, et même les inconnus ne trouveront la bonne attitude que si on le leur permet, que si on leur donne LA clé, qui est différente selon l’individu qui souffre. Il y a ceux qui voudraient parfois se faire plaindre, parce que ça leur ferait du bien, mais qui n’osent rien dire. A la place, ils affichent un détachement total. D’autres aimeraient qu’on les soulage de certaines tâches, mais font en sorte d’être indispensables.
Il faut dire, simplement, ce dont on a besoin, ce qui peut faire plaisir.
Changer notre attitude, c’est valable aussi pour l’après-cancer?
Oui parce que tout à coup, une fois le traitement fini, plus personne ne s’occupe de nous.
On est laissé à soi-même, brutalement.
C’est dans l’année qui suit que se développe souvent une dépression.
On ne sait parfois même plus quoi répondre à une question aussi anodine que comment vas-tu ?
Avoir dans cette période làune présence humaine, disponible, qui vienne rendre visite, qui prenne des nouvelles, c’est primordial.
Dans la rue, au quotidien, en croisant une personne qui manifestement est en traitement pour un cancer, on peut avoir envie de manifester son émotion,
sa compassion. Est-ce de l’intrusion?
On peut signifier une petite connivence. Nul besoin d’aller au-delà. Juste montrer une humanité partagée. Le cancer est une cause qui a besoin qu’on manifeste une certaine complicité pour permettre à ceux qui le rencontrent de se battre.

Une année singulière avec mon cancer du sein

de Maryse Vaillant, Editions Albin Michel

Ils nous soutiennent...

Devenez partenaire

///
Conditions d'utilisation
Mentions légales
A propos...
L’origine de tout projet prend sa source dans un vécu, collectif ou particulier...
A la Une...
"Faire évoluer notre vision du cancer : c’est urgent ! "
Inscrivez-vous!
Faites-nous part de vos idées...
Suivez-nous sur
BLOG
Vos actions...
Vos avis...
Vos conseils...
Vos angoisses...
Echangeons

Rubriques

INTERVIEWS
" Madame, la chimio ne vous rend pas
aimable… "
PROJETS
" Expo Photo sur les jeunes adultes malades "
SOCIÉTÉ
" K, histoires de crabes "
"Au vernissage
de Dominique le Tricoteur "
ÉVÉNEMENTS
" Le projet CRYSTALLIZED™ initié par Swarovski : quand les couturiers mettent leur talent au service de la recherche médicale "
INTERNATIONAL
" Assurance Spéciale Cancers Féminins "

Galerie d'images

Vous voyez une version text de ce site.

Pour voir la vrai version complète, merci d'installer Adobe Flash Player et assurez-vous que JavaScript est activé sur votre navigateur.

Besoin d'aide ? vérifier la conditions requises.

Installer Flash Player